A PROPOS DE L'APICULTURE ECOLOGIQUE

Article n° 10

TECHNIQUE DU TRANSVASEMENT
OPERATION SPECIFIQUE A LA RUCHE ECOLOGIQUE

Qu’est-ce que le transvasement ?

C'est l'opération la plus importante à réaliser dans la conduite de la ruche écologique.
Elle est spécifique à cette ruche et ne peut pas être effectuée avec une ruche dite "moderne".
Elle consiste à faire passer la colonie adulte de la ruche dans une ruche propre et désinfectée.
Ceci peut se faire de deux manières:
a) De ruche à ruche sans décontamination contre le varroa
b) De la ruche vers le décontaminateur dans un premier temps, et du décontaminateur vers une ruche propre dans un second temps lorsque la colonie est décontaminée (3 à 4 jours).

Avantages de ce transvasement

Cette opération permet dans le même temps de réaliser les points suivants:

  1. Eviter radicalement l'essaimage.
  2. Combattre efficacement le varroa.
  3. Combattre les maladies et entre autres, le virus de la paralysie aiguë (A. P. V.).
  4. Renouveler les cires (cire fraîche = ruche saine).
  5. Economiser le travail des abeilles.

C'est par exemple, la seule méthode qui peut encore être employée avec succès lorsque le processus d'essaimage est commencé et que les abeilles font déjà la barbe. Avec les autres types de ruche, à ce stade, il est trop tard, il n'y a plus lien à faire.
Avec ce transvasement, nous renouvelons tout, et les abeilles vont construire des rayons en cire fraîche pour entreposer le miel qui sera ainsi stocké dans des cires vierges de tout microbe ou contamination.
De plus, compte tenu que la décontamination ne se fait pas dans les ruches, mais dans un décontaminateur spécialement construit pour cela, ni les cires ni le miel ne risquent d'être contaminés par le produit chimique utilisé.
La reine va pondre dans ces nouvelles cires, ce qui est un point important et le miel qui y sera stocké jusqu'à la récolte sera un miel sauvage, pur, de toute première qualité, introuvable à l'heure actuelle sur le marché. 

Logique propre à ce transvasement

Le raisonnement qui est à la base de cette opération est le suivant:

Le couvain consomme indirectement de 4 à 5 kg de miel pour 1 kg emmagasiné dans les rayons. Au, moment du transvasement, soit en mai, le couvain que l'on va détruire lors de cette opération, arriverait de toute façon trop tard pour participer activement à la miellée. En le supprimant, compte tenu qu'il ne faut plus le nourrir ni le chauffer, on élimine la raison d'être des mâles, qui, devenus inutiles, sont mis à mort immédiatement.
Etant donné que l'on élimine aussi les cires et qu'il n'y a plus d'alvéoles, la reine s'arrête de pondre par manque de place.
En conséquence, les nourrices qui produisent de la gelée royale en permanence, ont ainsi un surplus de nourriture qui est récupéré par toutes les abeilles.
La colonie débarrassée de ses bouches inutiles, donc des charges, bénéficie de cette nourriture très riche qui lui apporte un supplément énergétique très puissant et va pouvoir ainsi construire très vite de nouveaux rayons de cire fraîche. Si les conditions sont favorables; température clémente et flore abondante, la production de cire peut permettre la construction de 6 dm2 de rayon par jour, ce qui est considérable.
D'autre part, ces abeilles transvasées vont voir leur durée de vie augmenter et pourront dépasser les 42 à 45 jours qu'on leur accorde généralement.
Cette élimination du couvain d'abord et des mâles ensuite entre pour une bonne part dans la lutte efficace contre le varroa que cette ruche permet de mener en détruisant très simplement et sans produit chimique, les principaux porteurs du parasite et la totalité des œufs de varroa.

A quel moment faut-il effectuer ce tranvasement ?

Bien entendu, cela doit être fait avant la période de l'essaimage naturel, c'est à dire en mai.
Le point de repère au niveau de la flore peut être le tilleul qui est un excellent point de repère en général pour conduire cette ruche, et qui nous indique par son évolution, 3 périodes possibles:
1ère : le tilleul débourré (bourgeons craquelés).
2ème : le tilleul en feuilles.
3ème : le tilleul en feuilles + boutons de fleurs.
(Dernier stade possible)

Quelle doit être la situation de la ruche pour réaliser ce transvasement ?

Si l'on veut pratiquer cette opération à l'une des trois périodes que l'on vient de voir, il faut encore que certains critères soient respectés:

  1. Dans la ruche, il doit y avoir de jeunes abeilles ayant entre 1 et 21 jours en grande quantité. Beaucoup de cirières, beaucoup de butineuses
  2. II doit y avoir aussi des mâles qui indiquent la présence de couvain donc de jeunes abeilles.
  3. Une reine, qui est bien entendu, tout à fait indispensable pour la ponte.
  4. La flore doit être abondante (la grande miellée), pour que la colonie puisse refaire ses réserves très rapidement.
  5. Une température nocturne de 10" minimum pour que la floraison soit à son maximum et que les abeilles ne consomment pas trop de miel.

Des observations faites au trou de vol et par les vitres arrière permettront de s'assurer que toutes ces conditions sont bien remplies.

Modification de la population de la colonie lors du transvasement

A l'une des trois périodes possibles pour effectuer ce transvasement, soit au mois de mai, la colonie est complète.
Nous avons: une reine, des nettoyeuses, des nourrices, des cirières, des butineuses, des mâles et du couvain.
Après le transvasement, lorsque les abeilles se retrouvent dans une ruche totalement vide, les cires et le couvain ont été éliminés.
Les abeilles vont alors se débarrasser des mâles qui sont mis à mort dans les 48 heures.
Compte tenu que ce sont eux les principaux responsables de la contamination puisqu'ils voyagent beaucoup, leur élimination est un point très positif et très important de cette opération de transvasement et un facteur déterminant dans la. lutte contre le varroa.
Et lorsque la colonie se remet au travail dans cette nouvelle ruche propre et désinfectée, sa composition est devenue la suivante : une reine, des nettoyeuses, des nourrices, des cirières et des butineuses.
Les lâches affectées à chaque individu sont changées également, et toutes les abeilles travaillent ensemble à la reconstruction des rayons. La gelée royale produit par les nourrices est distribuée à toute la colonie qui bénéficie un certain temps de cette nourriture exceptionnelle.
Cette organisation se modifiera au fur et à mesure de l'avancement des constructions et des possibilités offertes aux butineuses.

Opération de transvasement total

Je ne vais pas décrire ici en détail toute la procédure relative à cette opération, mais simplement le principe.
Lors de cette opération de transvasement, nous avons deux possibilités:

  1. Transvaser la colonie directement vers une ruche propre et désinfectée, ceci étant une action préventive dans le cas où la colonie n'est pas ou peu infectée par le parasite.
  2. Accompagner ce transvasement d'une décontamination contre le varroa lorsque l'infection est jugée sérieuse. Cette deuxième possibilité complète efficacement l'élimination des porteurs de ce parasite que nous venons de voir et donne une chance supplémentaire à la colonie.

Transvasement de ruche à ruche sans décontamination

C'est bien entendu le plus simple et il s'adresse à ceux qui n'ont pas de problème majeur de varroas.
A cette occasion, c'est la première fois que la ruche est ouverte dans l'année.
Cette ruche à transvaser est au moins composée de trois hausses. Les deux hausses supérieures sont celles qui ont abrite la colonie pendant l'hiver, elles sont pleines de miel et de couvain, et la hausse inférieure a été ajoutée un bon mois auparavant. Cette dernière est en partie construite et remplie.
Une ruche complète propre et désinfectée, composée de deux hausses vides et d'un plancher a été préparée à côté de la ruche à transvaser.
Dans un premier temps cette ruche propre est scindée en deux et on ne laisse qu'une hausse sur le plancher. L'autre, équipée d'un carré de moustiquaire est mise en attente sur le côté. Elle sera ajoutée ultérieurement sur cette première lorsque les abeilles y auront pénétré. Ensuite, après avoir retiré le toit de la ruche à transvaser pour faire moins de poids, on sépare les trois hausses de leur plancher et on va les déposer sur la hausse vide qui est à côté.
Dans ces premières manœuvres, les abeilles ne bougent guère.
Dans la phase suivante, on retire en partie la moustiquaire qui se trouve au sommet de la hausse supérieure, et à l'aide d'un enfumoir, on fait descendre les abeilles dans la hausse du dessous.
Lorsque la hausse supérieure est vidée de ses abeilles qui en principe ne sont pas très nombreuses, on la retire et on la place dans un sac en plastique. Puis on fait la même chose avec les deux hausses suivantes de façon que la colonie adulte soit repoussée dans la hausse inférieure vide.
Lorsque ceci est fait, on complète la ruche avec la deuxième hausse vide que l'on a mise en attente et que l'on place sur le dessus, et on replace le toit.
La dernière phase de cette opération consiste à repousser cette ruche nouvellement constituée à l'emplacement qu'occupait la ruche d'origine, et l'opération de transvasement est alors terminée.
Un nourrissage de la colonie est indispensable pendant au moins 5 à 6 jours. Nourrissage au sirop de miel bien entendu, en utilisant le miel récolte dans les rayons des hausses récupérées lors de ce transvasement, miel qui n'est pas mur et qui doit de toute façon être redonné aux abeilles.
Le couvain est détruit lors de la récupération du miel et des cires, et dans les 48 heures qui suivent, les mâles seront mis à mort.
Cette opération brise le processus de contamination de la colonie par l'élimination des mâles, et casse le cycle de reproduction du varroa par l'élimination des cires et du couvain qu'elles renferment.

Transvasement avec décontamination de la colonie

Cette procédure est un petit peu plus longue que la précédente du fait que l'on fait transiter la colonie par un décontaminateur, mais n éanmoins, elle ne présente aucune complication particulière.
Elle se déroule en 3 phases:

  1. Passage de la colonie de sa ruche dans le décontaminateur de la même manière que dans la procédure précédente. La ruche étant placée au-dessus du corps du décontaminateur qui a les mêmes dimensions.
  2. Décontamination qui dure de 3 à 4 jours. Je reviendrais plus en détail sur cette décontamination dans une chronique qui lui sera entièrement consacrée.
  3. Passage de la colonie du décontaminateur vers une ruche propre et désinfectée.

A l'heure actuelle, compte tenu de la prolifération de ce parasite et pour des colonies fortement contaminées, cette deuxième solution est préférable, mais il faut savoir qu'à titre expérimental, des colonies ont très bien vécues plusieurs années sans décontamination en se défendant contre ce fléau uniquement par les seules défenses naturelles qu'elles possédaient, c'est à dire le contexte de la ruche écologique avec une bonne provision de miel pour hiverner, ainsi que le pollen et la propolis qu'elles avaient accumulés.
Il n'est d’ailleurs pas utopique de penser qu'il est possible d'infléchir la situation et de redonner aux abeilles la possibilité de se défendre elles mêmes et de façon naturelle contre ce varroa et autres fléaux, sans avoir recours à des produits chimiques dont l'escalade est dangereuse, mais pour autant que l'on change radicalement notre façon de faire et que l'on adopte une politique plus responsable en matière d'apiculture. Nous avons tout à y gagner, et plus vite nous prendrons conscience que nous sommes partis sur la mauvaise voie, plus nous avons de chances d'éviter à terme une catastrophe dont on ne peut prévoir l'ampleur.
Cette ruche écologique et la, méthode mise au point par Jean-Marie Frères arrivent à temps. Elles sont porteuses d'avenir, mais encore faut- il avoir la volonté de les mettre en application et de changer les mentalités.
Après le transvasement, il n'y a plus de cire, plus de couvain, plus de mâles, les varroas ont été en grande partie éliminés, la colonie repart à zéro mais dans de très bonnes conditions.
On va d'ailleurs pouvoir constater par les vitres arrière qu'à ce moment, l'activité est intense et qu'en principe, les constructions avancent rapidement.
Ceci va permettre d'évaluer et de faire des sélections dans les différentes colonies (il est important de prendre des notes à ce sujet), car les rayons des deux hausses doivent normalement être construits bien à la verticale dans un délai de 15 à 20 jours suivant les conditions climatiques.
Bien entendu, l'avancement de chaque ruche est à surveiller attentivement afin d'ajouter une troisième hausse à temps. Chaque colonie ayant son propre rythme de construction suivant son importance et son état de santé.
Par prudence, cette décontamination doit être appliquée systématiquement à tout essaim de provenance inconnue ou extérieure au rucher lors de son intégration dans celui-ci.

Faut-il transvaser toutes les ruches d'un rucher?

Non, car si ce rucher est un peu isolé, il faut se prémunir contre la consanguinité et faire en sorte que chaque année, la majorité des mâles appartienne à une souche différente. De plus, il est bon de garder des mâles pour le cas où il y aurait supercédure dans une ruche (remplacement de la reine).
Chaque année, il faut donc sélectionner une ruche, la meilleure (à déterminer suivant les notes prises sur chacune d'elles), et lui ajouter une 4ème hausse au moment opportun pour éviter qu'elle n'essaime, ce qui revient à l'utilisation la plus simple de la ruche écologique lorsque il n'y a absolument aucune crainte de contamination par le varroa.
Cette ruche qui sera différente d'année en année, ne sera pas transvasée afin qu'elle conserve ses mâles jusqu'à la mise à mort prévue naturellement par les abeilles vers la mi- juillet. Ce qui ne l'empêchera pas bien entendu, de permettre une récolte de miel.
On ne doit pas craindre que ces mâles que l'on va garder m peu plus longtemps et qui sont vraisemblablement porteurs de varroas, viennent contaminer les autres colonie?, car après l'opération de transvasement, plus aucun mâle n'est admis dans unie ruche.
Il ne faut pas craindre non plus pour la colonie non transvasée, car les abeilles ont tout ce qu'il faut pour se défendre et survivre naturellement pendant l'hiver. La décontamination de l'année suivante sera suffisante pour lui redonner une nouvelle jeunesse.
A propos de cette mise à mort des mâles qui a lieu naturellement vers la mi-juillet, qu'il y ait transvasement ou non, ceci est encore un signe de bonne santé, car en effet; une colonie qui garde des mâles après cette date n'est pas sûr de sa reine et prévoit peut-être de la remplacer.

Risques et inconvénients de cette opération de transvasement.

Si l'on est patient et que l'on prend son temps dans chaque phase de cette opération, les risques sont très limités.
Le plus grand danger réside si l'on est pressé et maladroit, d'affoler la colonie et de nuire à la reine ou bien même de la tuer en l'écrasant entre deux hausses. Dans ce cas on en porte l'entière responsabilité.
Pour certaines colonies fortement infectées et déjà affaiblies, cette opération de transvasement bien que bénéfique du point de vue du varroa, peut avoir ensuite pour conséquence une faible production de miel et c'est normal. Il faudra surtout leur laisser ce dont elles ont besoin pour hiverner, ce qui compte avant tout, ce n'est pas la rentabilité; mais bien que ces colonies passent un hiver sans problème et qu'elles se refassent une santé en vue d'être en meilleurs forme pour la saison d'après.
Mais face à la situation actuelle crée par certaines aberrations de l’apiculture moderne, et face a plusieurs maux, il faut choisir le moindre, et ce procédé de transvasement malgré l'agression qu'il représente, a quand même le gros avantage d'apporter une aide efficace dans la lutte contre le varroa.
Lutte exclusivement biologique dans un transvasement de ruche à ruche et lutte biologique plus décontamination chimique de la colonie hors de sa ruche dans un transvasement avec passage dans un décontaminateur.
Ces transvasements n'étant absolument pas indispensables au bon "fonctionnement" de la ruche écologique si l'abeille vit dans un contexte favorable (une région non infestée de varroas), dans de bonnes conditions, et qu'elle a de quoi se nourrir et se soigner convenablement comme à l'état sauvage.

Auteur : Jean-Claude Guillaume

Ouvrage de référence (nouveau) :
L'APICULTURE ECOLOGIQUE de A à Z.
M. Jean-Claude GUILLAUME
49 Le Romaguer
66740 VILLELONGUE-DELS-MONTS
FRANCE



 

 

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Jeudig, 2 octobre 2003
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